« Tampopo » de Juzo Itami
Posté par scalpel le 11 mai 2012
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Posté par scalpel le 11 mai 2012
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Posté par scalpel le 11 mai 2012
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Posté par scalpel le 7 mai 2012
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Posté par scalpel le 7 mai 2012
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Posté par scalpel le 7 mai 2012
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Posté par scalpel le 7 mai 2012
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Posté par scalpel le 7 mai 2012
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Posté par scalpel le 27 avril 2012
Depuis le temps qu’elle y était, il y avait six ans de ça – mais là encore, c’était une blessure qu’il fallait laisser en l’état, c’est-à-dire ouverte – elle n’avait, dit-elle, jamais remarqué ce petit objet en bois cloué au mur de son salon. Elle le tripotait captivée en même temps qu’amusée par l’apparition aussi soudaine qu’incongrue de cet affreux baromètre au-dessus duquel mon père, pour couronner le tout, avait hissé une hideuse assiette en porcelaine blanche à fleurs. Mon père a toujours eu pour ce genre d’objets une vénération suspecte, heureusement entravée par ma mère qui ne voulait pas voir germer de tels rebuts chez elle. Il n’avait donc pu trouver pour toute pitance à cette passion contrariée que ce bout de mur ne lui appartenant pas.
Je m’approchai de l’objet fantôme et l’inspectai à mon tour. Le petit carreau incurvé du baromètre reflétait nos deux têtes, lesquelles étaient barrées par une aiguille qui pointait un petit soleil – je ne l’aurais jamais vu pointer le petit nuage opposé – que plus d’une fois j’avais fait pivoter mais qui s’obstinait à garder sa position initiale, entretenant pour l’éternité l’illusion que Paris et Tahiti n’étaient séparés que d’un kilomètre. Je la regardais. Elle était encore belle et élégante, son corps qu’elle avait raide, certes, était toujours en mouvement. Un principe, si on l’écoutait, qu’elle avait bâti en presque un siècle et qui vous moulait des jambes pour la vie : les siennes qu’elle avait à son âge encore solides ne l’avaient jamais trahie, ni discriminée de la foule des jolies femmes qu’une belle paire de guiboles nantissait, selon elle, du droit – n’était le devoir – de se vêtir tous les jours en robe. Et c’est en robe, donc, qu’elle partait faire des voyages qu’elle multipliait avec le temps, un peu comme si elle était poursuivie par le désir de s’enfuir de chez elle. En réalité, je n’ajoutais que peu de foi à ce penchant, sachant qu’il ne prit jamais forme que dans cette curieuse union qu’on appelait et qu’on appelle toujours les « voyages organisés ». Petite, pourtant, je l’admirais : que d’aventures elle avait vécues ! A l’âge de vingt ans, elle avait dû prendre seule le chemin de l’exode. Elle était partie à dos de chameau dans le désert du Sahara. Je revois les photos qu’on projetait chez elle sur un grand écran blanc déroulé – une expédition rien que pour installer le matériel. Elle était partie en Iran. Dans toute l’Europe. Et très souvent. Elle fumait des cigarettes. Elle avait dû en troquer pas mal pendant la guerre – il y allait de la pérennité de son époque – contre du sucre ou un morceau de viande qu’elle réussissait à obtenir d’un oncle fermier ou d’une cousine occupée à la campagne par le commerce de ses poules. Je m’aperçus bien plus tard qu’en fait, elle les crapotait. Une vieille habitude prise dans sa jeunesse, avant la guerre, au cours de parties, comme on les appelait alors, organisées par ses amies. Elle participait certainement à de grands débats de femmes qu’un mari, en tout cas celui qu’elle avait eu, eût tôt fait d’interdire, alléguant des arguments dignes du Cro-magnon que, paraît-il, il était. Mais, s’étant séparé très tôt de la bête, elle s’y rendit souvent, puis très souvent. Elle tenait salon jusque tard dans l’après-midi qu’elle prolongeait parfois, poussée par le champagne ou par une hôtesse un peu grise, jusqu’en début de soirée – jamais, en tout cas, jusqu’à la nuit. Un jour, elle les relégua au rang des obligations sociales et finit par s’en détourner tout à fait. Elle trouvait alors le temps de se mettre à la lecture. Des romans de quatre sous qu’elle vous protégeait de la poussière ou mettait à l’abri d’un accident domestique par la pose rituelle d’une couverture plastifiée ou cartonnée, qu’elle rangeait, dérangeait, dépoussiérait toutes les semaines et qui émaillaient maintenant, intacts, l’entièreté ou presque des rayons de sa bibliothèque. Moi, toujours, j’abhorrais le moule en bronze que s’étaient fabriqués de leur vivant les auteurs de ces romans infectes, aidés en cela par la télé et les conférences organisées par le Figaro les mercredis après-midi salle Pleyel – auxquelles elle se rendait et ce, contre menue monnaie puisqu’il suffisait de payer un forfait à l’année qui vous gratifiait du droit de vous en absenter une fois pour pas trop cher. Il lui suffisait d’évoquer les Figures d’un Guy des Cars ou d’un Jean d’Ormesson (duquel par ailleurs elle ne résistait pas à répéter toutes les fois où je la voyais qu’elle en était amoureuse) pour la voir sourire. Les hautes qualités littéraires qu’elle leur attribuait augurait pour elle du droit que ces messieurs à large torse avait de bomber plus avant et pour la postérité les grands poils blancs collés à leur chemise. Ces poils blancs trouvaient le change avec l’Encyclopédie Universelle en vingt volumes reliés en cuir qu’elle trouvait la force de feuilleter quotidiennement pour faire ses mots croisés ou avec les beaux albums de peinture qu’elle avait ramenés de Londres ou de Rome. Elle restait confinée avec eux dans un petit appartement qu’elle n’avait, du reste, pas vraiment choisi pour son confort, lui ayant plutôt préféré, lorsqu’elle dû quitter l’ancien, à la fois la proximité qu’il avait avec celui de sa fille unique et l’ascenseur qui manquait à l’ancien.
Elle appliqua sur sa tête épuisée, par de petites pressions de la main, le cheveu gras qu’elle avait en désordre, moyennant quoi – ce peu de réalité avait dû lui suffire – elle sembla recouvrer ses esprits. Je lui avais souvent vu sortir ce peigne naturel et ratisser la page gris blanc qui gondolait, avec cette différence qu’elle y mit cette fois-ci moins d’élan dans la forme si bien qu’à peine aplati, le beffroi sculpté sur la plaque tectonique de son crâne rebiquait sans même attendre les faveurs du courant d’air que le claquement de sa porte d’entrée allait bientôt causer. Car oui, elle claquait toujours sa porte d’entrée avec force et fracas. Je ne compte plus dans l’immeuble les ruptures d’anévrisme et le nombre de chats défunts à cause d’elle – même ses propres torchons de cuisine ne s’en remettaient pas. Elle trouvait ce jour-là que c’était un journée idéale pour sortir faire une promenade. Je me sentis la responsabilité de mettre incontinent le holà à ce désir impétueux. Arborant mes plumes déjà toutes gonflées, j’arguais avec cet air supérieur (qui faisait toute ma séduction) que c’était la canicule, non, que C’ETAIT LA CANICULE, qu’il faisait dehors de quoi exterminer plus de mères-grand qu’en dix générations de Landru car – ayant alors en tête les chiffres de l’été précédent où il avait fait si chaud (qui, en passant, lorsqu’ils furent porter à leur connaissance, faillirent à eux seuls coûter la vie à toutes celles qui, d’abord ignorantes de ce qui leur pendait au nez, continuaient de chanter dans leur jardin mais que fort heureusement des voisins ou parents éclairés vinrent informer des risques encourus, apportant à ces rossignols la cage qui leur seyait le mieux où, une fois placées, elles se pâmèrent comme je l’ai dit et remercièrent avec force de sanglots le ciel et les voisins de les avoir tirées d’une mort annoncée), période de l’année qui fit exploser, après une première hécatombe de cacochymes aux yeux bistrés (bénéfique, quoi qu’on en dise, pour notre pyramide des âges plus qu’en déséquilibre depuis vingt ans) les ventes de ventilateurs et autres climatiseurs en tout genre que tout ce petit monde épingla, l’hiver suivant, en tête des listes au Père Noël – je m’inquiétais de ce que cette année, après avoir réchappé de peu à la canicule de l’année précédente, celle-là lui fût fatale. Mais au lieu de ça, j’acceptai sa proposition. Sortons prendre l’air ! Elle acquiesça en souriant, heureuse d’être si bien commandée par moi. Elle se prépara, sortit en vitesse du salon se parfumer dans la salle de bains, mit du rouge à lèvre, enfila ses chaussures, sans en avoir au préalable inspecté l’usure des semelles. Elle considérait alors qu’elle était prête. Après quoi elle examinait si dans son sac à main elle n’avait pas oublié de ranger son chéquier, son portefeuille, son porte-monnaie, ses kleenex et son trousseau de clefs. Puis regarda si elle avait bien mis dans son sac son portefeuille, son porte-monnaie, son chéquier, ses kleenex et son trousseau de clefs. Non. Nous étions sur le pallier. Elle vérifia qu’elle n’ait pas oublié son chéquier, son porte-monnaie, son portefeuille et ses kleenex. Elle referma la porte. Epi, cils de chats et torchons s’en souviennent encore.
Nous partîmes faire une balade dans le parc d’à-côté, où l’on finissait par s’asseoir l’une à côté de l’autre sur un banc, à compter les pigeons. Ce jour-là, il y en avait un si dépenaillé qu’on aurait dit un vieillard. Elle dit alors : comme ça a l’air bête, un pigeon. Verdict qu’elle destina bientôt à tous ceux que le bec venait guider jusqu’à notre banc – à la fin, tous les pigeons du parc y passaient. Ca remplissait la conversation.
Elle portait ce jour-là son chandail clair et sa jupe à plis noire avec des taches d’huile, de nourriture, de sauces diverses amassées, suite à ses repas de la semaine, ça et là comme de vieilles croûtes ou comme ces gros pâtés dessinés par les enfants à cet âge où une feuille vierge, même noire – surtout noire – prend la valeur, si petite soit-elle en taille, d’un gigantesque ciel à recouvrir d’étoiles. En retournant chez elle ce jour-là, je lui dis au revoir. Il faisait chaud, les fenêtres étaient grandes ouvertes. J’embrassai son petit cou de guêpe d’où pendaient comme un fanon, en plus de la croix que lui avait valu son séjour en Palestine, deux filets de chair jaunâtre puis je partis en Chine.
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Posté par scalpel le 27 avril 2012
« J’ai pleuré. Et on a cessé de parler. C’était la fin de la nuit. J’ai pleuré dans le lit où nous nous étions réfugiés après avoir parlé des enfants. Vous avez dit : – Ne pleurez plus. J’ai dit que je ne pouvais rien contre ces pleurs-là. Qu’ils étaient devenus pour moi comme un devoir, une nécessité de ma vie. Que moi je pouvais pleurer de tout mon corps, de toute ma vie, que c’était une chance que j’avais, je le savais. Qu’écrire pour moi, c’était comme pleurer. Qu’il n’y avait pas de livre joyeux sans indécence. Que le deuil devrait se porter comme s’il était à lui seul une civilisation, celle de toutes les mémoires de la mort décrétée par les hommes, quelle que soit sa nature, pénitentiaire ou guerrière. «
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Posté par scalpel le 25 avril 2012
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